25 ET 26 JANVIER 08

RESTIF DE LA BRETONNE - ELISABETH CHAILLOUX

Honorable lecteur : Je vous fais part de cette étrange Lettre, écrite par un Singe-Babouin. Mais que cette assertion ne révolte pas votre raison, et ne vous fasse point secouer la tête avec mépris ! Le Singe dont il est ici question est un métis, qui doit le jour à une femme de Malacca et à un Babouin…
Je me propose donc d’être doublement utile, en faisant connaître une espèce d’êtres aussi voisine de la nôtre que celle du Singe, et en présentant les vérités fortes contenues dans une pièce absolument originale par la nature de son auteur.

Pour Restif de la Bretonne, comme pour de nombreux écrivains du XVIIIème siècle, l’écriture est polémique. Pour combattre une injustice, une monstruosité, on peut la tourner en dérision.
Le rire est une arme, puisque le ridicule tue.
Ainsi dans cette brillante et ironique Lettre d’un singe aux êtres de son espèce, le petit singe César s’étonne de “ l’inhumanité “ de l’homme, des crimes qu’il commet contre sa propre espèce. Il décrit en particulier la sauvagerie, la bestialité, l’absurdité de l’esclavage qui existe alors dans le Royaume de France, dans ces “ Iles des esclaves “ que sont Saint Domingue (futur Haïti), La Martinique et La Guadeloupe.

“ L’homme se fait plus de mal à lui-même qu’il n’en fait à toutes les espèces d’animaux réunies. Comme sa sensibilité est extrême, qu’elle s’étend à mille choses hors de lui, il s’en sert pour tourmenter ses semblables et les faire souffrir.
Vous savez, ou vous ne savez pas - car vous voyez sans voir vous autres - qu’il y a des hommes de deux couleurs, des noirs et des blancs. J’ai dit que l’homme était méchant et qu’il l’était singulièrement contre lui-même. Mais pour se convaincre de cette vérité, il faut voir comme il traite les Nègres ! C’est une cruauté qui passe l’imagination et dont il n’use envers aucun d’entre nous.“

Pour éclairer ce texte de Restif de la Bretonne, nous lirons quelques articles du Code Noir, ainsi que de courts textes d’auteurs “ abolitionnistes “ du siècle des lumières : Voltaire, Condorcet, Frossard, Montesquieu, Viefville des Essarts, Sonthonax et même un extrait du Père Duchesne – le fameux journal des Sans-Culottes.

16, 23 FÉVRIER ET 1er MARS 08

- Pourquoi as-tu réveillé le Monde de sa sieste ?
- Ce n’est pas le son de ma voix qui a fait ça, c’est la chute de mon cadavre contre le sol.
- Imbécile ! Tu n’avais qu’à crever en douceur !
- Mourir en douceur, c’est vivre en misérable.
- Et mourir avec fracas ?
- C’est défendre une cause !
- Alors, comme ça, monsieur arrive et s’écrie : “ Présent ! ”
- Non, c’est mon absence que j’annonce.
- Pourquoi veux-tu tuer ?
- Je ne mets à mort que la mise à mort, je ne tue que le meurtre.
- Alors fiche le camp dans les enfers !
- Mais j’en viens !

Mahmoud Darwich,
Chronique de la tristesse ordinaire, 1970

Le Moyen-Orient n’est le plus souvent évoqué qu’en relation avec les conflits et les guerres. Il y a pourtant aussi une poésie, une littérature, des œuvres de théâtre importantes qui reflètent aussi, à leur manière évidemment, la réalité tragique de cette région.

Ce sont ces écritures qui seront proposées au public au cours des trois mises en espace qui auront lieu à l’Auditorium Antonin Artaud de la Médiathèque d’Ivry. Si le programme n’est à ce jour pas complètement défini, on peut d’ores et déjà dire que sera présentée une pièce du dramaturge Syrien Saadallah Wannous, Rituel pour une métamophose, et un montage de textes du célèbre poète palestinien Mahmoud Darwich.

Ce voyage dans ces écritures montre clairement le prolongement de la culture des Mille et une nuits dans le monde contemporain et ses problématiques. Une culture complexe, imagée, subtile, subversive, bien éloignée des clichés qui en sont le plus souvent donnés.

Rappelons qu’au cours de la saison, dans la programmation du Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, des spectacles musicaux seront présentés avec des artistes venant du Moyen-Orient.

9 MARS 08

D’après le spectacle Toto le Mômo
Imaginé et interprété par David Ayala mise en scène Jacques Bioulès et Lionel Parlier

A partir des textes préparatoires à la Conférence du Vieux Colombier,
des Cahiers de Rodez et des Cahiers du retour à Paris (Ivry)
interprétation David Ayala sous le regard de Lionel Parlier
Compagnie La Nuit Remue - Montpellier

“ S’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit dans ce temps c’est de s’attarder artistiquement sur des formes au lieu d’être comme des suppliciés que l’on brûle et qui font des signes sur leur bûcher. “

En mai 1946, Antonin Artaud revient à Paris après neuf années d’internement en hôpitaux psychiatriques, dont trois à l’asile de Rodez alors dirigé par le Docteur Ferdière.
Il séjourne librement à la maison de santé du Docteur Delmas à Ivry.
C’est là qu’il prépare la fameuse Conférence du Vieux Colombier au cours de laquelle il compte rapporter les événements capitaux de son existence et toutes conclusions qu’il a pu en tirer, tant sur un plan personnel que sur celui, beaucoup plus vaste, de l’histoire de l’humanité.
Le 13 janvier 1947, il fait donc sa première réapparition en public sur la scène du Théâtre du Vieux Colombier. Séance historique. Scène inoubliable pour tous ceux qui y assistèrent. Artaud a paru ce jour-là, éprouver la plus grande difficulté à lire les cahiers qu’il avait apportés. Il s’interrompit puis quitta la scène subitement sans avoir pu aller au bout du “ message qu’il voulait délivrer “.
Antonin Artaud meurt à Ivry le 4 mars 1948.

Sorte de prophétie lumineuse qui reste comme l’une des rares aujourd’hui capable de tenir tête à cet état de pourrissement des esprits, ce faramineux tissu de mensonges et de trahisons dans lequel retrempe notre époque, comme si l’humanité était actuellement victime d’un gigantesque “ envoûtement “... mondialisé.