Théâtre des Quartiers d’Ivry

COMÉDIE TCHÉTCHÈNE (PAS TOUJOURS TRÈS DRÔLE)

YOANN LAVABRE | BRUNO LAJARA

07 > FEB 17 2012 / Studio Casanova

Durée du spectacle : environ 1h30

 

"Miroir du monde ? Sans déconner ? Je lis ici : le théâtre est le miroir du monde. Où est-ce qu’ils ont vu ça, eux ? On doit pas vivre dans le même. Mais je suis d’accord avec ça. C’est pas pour rien qu’on est ici et pas ailleurs. Un théâtre. Aurait-on éprouvé le besoin de venir ici si on y représentait autre chose que ces spectacles obscènes et futiles ? C’est ainsi : quand le théâtre oublie le monde, le monde se rappelle au théâtre. Alors, voyez-vous, à travers nous, c’est ce monde qui s’y invite brutalement, pour qu’il devienne enfin ce miroir – même brisé. Nous sortons des obscures et ensanglantées coulisses de l’Histoire pour brûler les planches."

L’histoire ? Tout le monde la connaît. C’était en 2002, à Moscou. Un commando tchétchène prend le public d’un théâtre en otage à l’issue d’une représentation théâtrale. Ayant investi les lieux, les rebelles décident donc d’utiliser l’outil, tombé entre leurs mains, pour ce qu’il est : ils vont donc faire, à leur façon, du théâtre.
Cette Comédie Tchétchène (pas toujours très drôle) fait ainsi la part belle au procédé baroque du “ théâtre dans le théâtre ”, en explorant ses diverses formes : comédie musicale, théâtre réaliste, récital poétique, chanson, improvisation comique et théâtre documentaire.    
Yoann Lavabre

Que reste-t-il, neuf ans après, de l’actualité  de ce fait divers horrible ? Pas grand-chose en fait. Cent soixante-huit morts, pour rien. On ne sait même pas vraiment comment les gens sont morts, en fait. Par arme à feu, gazés ? On ne sait même pas quelle était la composition de ce gaz mystérieux utilisé par les forces spéciales russes.
C’est donc sur des zones d’ombres qu’il faut construire le spectacle. Yoann Lavabre a écrit d’après des hypothèses, des écrits sur le sujet et en prenant des libertés énormes avec ce fait historique. C’est la force du texte. C’est la force du théâtre.
Bruno Lajara

Production : Plateforme VIESÀVIES. Coproduction : Théâtre des Quartiers d’Ivry, Culture Commune -Scène Nationale du Bassin Minier du Pas-de-Calais, Ville de Grenay (Espace Ronny Coutteure), Maison Folie de Wazemmes ( Ville de Lille), La Scène Watteau - scène conventionnée de Nogent-sur-Marne, Théâtre de Cachan et l’ ECAM -Théâtre du Kremlin-Bicêtre.
Avec le soutien de l’ADAMI, de la Région Nord-Pas de Calais et du Conseil Général du Pas-de-Calais.

texte de
Yoann Lavabre

mise en scène et scénographie
Bruno Lajara

musique
Simon Mimoun

costumes
Dominique Louis

assistée de
Sohrab Kashanian

vidéo
Maxime Midière

chorégraphie
Johanna Classe

son
Charles Hannotte, Hervé Herrero

régie générale
Olivier Floury

texte édité aux éditions l’Espace d’un instant

avec
Christian Abart
Rachid Boukrim
Bruno Buffoli
Carine Bouquillon
Johanna Classe
Perrine Fovez
Saverio Maligno
Ali Meziti
David Thénard


Comédie Tchétchène est le texte lauréat du concours
Nouvelles Ecritures
organisé en partenariat avec la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne, le Théâtre de Cachan et le Théâtre André Malraux du Kremlin-Bicêtre.






COMÉDIE TCHÉTCHÈNE (PAS TOUJOURS TRÈS DRÔLE)

YOANN LAVABRE | BRUNO LAJARA

07 > FEB 17 2012 / Studio Casanova

RENCONTRE
En collaboration avec Amnesty International
Vendredi 10 février à l’issue de la représentation
 
En présence de Yoann Lavabre (auteur du texte) et Bruno Lajara (metteur en scène du spectacle)
Avec la participation de Thamar Bourand (responsable Europe) et Anne Mogensen (coordinatrice Russie/Tchétchénie) - Amnesty International

___________


EXPOSITION AU STUDIO CASANOVA
à partir du cahier photographique de Nicolas Treatt
publié dans
« Scénographie, 40 ans de création »
Ouvrage coordonné par Luc Boucris, Jean-François Dusigne et Romain Fohr,
Montpellier, éditions L’Entretemps, 2010

Cette exposition permet de faire un état des lieux du glissement du terme de décor vers celui de scénographie depuis 1970 et d’aborder les œuvres scéniques des plus grands artistes de la seconde partie du vingtième siècle et des premières années du vingt-et-unième siècle, sous l’angle du dessin de la scène. Nicolas Treatt a fait le choix cornélien d’extraire quarante clichés originaux de son fonds personnel et lègue ainsi un emblématique story-board de son Histoire de la scénographie.

Toute ma vie j’ai été à la recherche du visage, du regard… dans les rues, les métros, au théâtre, les coulisses…à Paris et ailleurs. Et, quand il n’y a pas de visage d’homme, je cherche ses traces… L’insolite dans le quotidien…et, pour m’en reposer, la nature, les paysages-ciels, les nuages. Je suis perpétuellement en état de voyage… Nicolas Treatt

De parents russes, titulaire d’un passeport australien, Nicolas Treatt est né le 30 avril 1926 en Mandchourie (aujourd’hui en Chine du nord). En 1939, il doit fuir avec ses parents pour Sydney en Australie. Installé à Paris en 1963, c’est là qu’il travaillera et photographiera ainsi plus de deux mille spectacles de théâtre et de danse. Nicolas Treatt est décédé en août 2011.


Commissaire de l’exposition : Romain Fohr

COMÉDIE TCHÉTCHÈNE (PAS TOUJOURS TRÈS DRÔLE)

YOANN LAVABRE | BRUNO LAJARA

07 > FEB 17 2012 / Studio Casanova

SORTIR LILLE
Propos recueillis par S. Morelli

Abasourdi, pantelant, percuté de plein fouet, le spectateur ne sort pas indemne de près de deux heures d'une pièce admirablement mise en scène et interprétée. La Comédie Tchétchène (pas toujours très drôle), montée par Bruno Lajara et la compagnie Vies à Vies, sur un texte de Yoann Lavabre, revient sur le drame du théâtre moscovite de 2002, faisant éclater les revendications des Tchétchènes... aujourd'hui retombées dans l'oubli.

Sortir : Pourquoi avoir choisi ce texte, de raconter cette histoire?

Bruno Lajara : La qualité de la pièce m'a plu, le texte m'a parlé. Comment un auteur s'empare d'un fait divers réel pour l'amener au théâtre. Shakespeare, Brecht, se sont souvent saisis de drames historiques. Ce qui était d'autant plus intéressant est qu'il s'agit d'un fait divers d'il y a dix ans. À l'intérieur, la liberté de porter un regard d'auteur sur ces éléments. Nous sommes à la fois dans la fiction et l'analyse géo-politique de ces événements.

Sortir : Un drame certainement encore présent dans l'esprit des spectateurs...

B. Lajara : Aujourd'hui, avec les chaînes d'information, un drame de ce type, on le suit heure par heure. On a encore les images dans la tête... d'autant plus fortes que cela se passe dans un théâtre, comme celui dans lequel se trouve le spectateur.

Sortir : Est-ce que cela a été facile de s'emparer d'un sujet, la répressions des Tchétchènes par l'État russe, encore tabou aujourd'hui?

B. Lajara : Ce texte analyse les causes de la prise d'otages, de la violence, et la situation en Tchétchénie, avec une politique colonialiste des Russes dans cette région du monde. Chaque mois, il s'y passe des choses, rien est réglé. Plus de 100 000 morts, des villages entiers rasés, l'éradication d'une population : on n'en parle pas. On n'embête pas trop les Russes, et ils siègent à l'ONU... Tandis que la misère et la détresse grandissent dans cette partie du monde.

Sortir : On est là dans le rôle du théâtre de lutter contre la propagande ?

B. Lajara : Le rôle du théâtre que j'ai envie de défendre est d'informer. Même si on reste dans la logique du divertissement, auscultant tous les genres théâtraux, avec des scènes très comiques. À la fois des choses assez violentes, et des moments burlesques : le théâtre reste à sa place, avec des sujets forts, un divertissement pas forcément léger, sans se placer en donneurs de leçons. Les moments de respiration, de rire, sont bénéfiques aux spectateurs.

Sortir : Comment avez-vous mêlé les genres théâtraux ?

B. Lajara : Lors de cette prise d'otages, on jouait dans le théâtre la première comédie musicale de type Broadway à Mouscou, qui rencontrait un franc succès. On commence donc en comédie musicale, avec tous les codes : nous avons travaillé avec un chorégraphe, un compositeur... Cela déstabilise le spectateur ! (Et l'amuse beaucoup – NDLR) On est à Bercy lorsque commence le spectacle ! Du théâtre dans le théâtre. Une critique, aussi, de la soupe artistique que l'on nous sert. « Quand le théâtre oublie le monde, le monde se rappelle au théâtre », une très belle phrase de cette pièce très dense, emplie de poupées russes. Le rythme est soutenu, les neuf comédiens interprètent vingt-cinq personnages.

Sortir : Justement, comment avez-vous travaillé avec vos comédiens, qui jonglent merveilleusement avec les personnages?

B. Lajara : Oui, on passait la moitié des répétitions à faire des chorégraphies, l'autre moitié à aller dans la violence ! Un côté combat pour les acteurs, un travail assez physique, 1h45 à fonds les manettes. Nous avons commencé en septembre, avec alternance, une semaine de travail, un mois de pause, pour prendre le temps. Avec une création globale, de l'espace, de la musique, des costumes... Nous jouons des personnages qui ont existé, ce drame a fait plus d'une centaine de morts, les trente-cinq preneurs d'otages et cent vingt-cinq spectateurs. Se dire qu'on va arrêter une guerre en prenant un théâtre en otage est une revendication perdue d'avance. Seules deux personnes ont été tuées par les preneurs d'otages, le reste, par le gaz envoyé dans le théâtre par les Russes. Nous nous devons d'être appliqués, ces gens sont réellement morts. L'assaut est très violent, on diffuse des images réelles. Le réel entre peu à peu dans le spectacle...

Sortir : Quels sont les retours des spectateurs ?

B. Lajara : Ils sortent groggy. Ils se marrent, mais affrontent aussi des images difficiles. Une phrase d'Anna Politkovskaïa clôt le spectacle. Les gens ont du mal à applaudir, même pour les comédiens, c'est difficile de saluer...

--------------------------

LET'S MOTIV - Thibaut Allemand

2002, Moscou, théâtre de la Doubrovka. On joue Nord-Ost, pièce du répertoire tout à la gloire de l’âme russe. Entracte. Irruption d’une cinquantaine de militants armés tchétchènes. Et trois jours de prise d’otages. Que s’est-il passé ? On ne le saura jamais vraiment. Tchétchènes abattus, membres du public gazés par les forces spéciales russes… la réalité faisait irruption sur scène.

Remué, Yoann Lavabre prit la plume créant une fiction à partir de faits dont on sait finalement peu. Ce texte attire l’attention de Bruno Lajara, qui travaillait depuis longtemps sur la violence. « On ne s’intéresse pas assez aux racines de la violence, explique le metteur en scène, aux conditions qui peuvent pousser des jeunes gens à mourir pour une cause ». Comédie Tchétchène reprend les choses après l’entracte, et débute par une comédie musicale, « bien pourrie, façon Kamel Ouali », avant de basculer dans la terreur. Cette tension permanente est servie par neuf acteurs qui alternent les rôles, tantôt russes tantôt tchétchènes, évoquent les deux cultures et utilisent l’humour noir comme une soupape. Pour mieux glacer d’effroi la seconde d’après. « Il ne s’agit pas d’agresser le public, précise Lajara. Après tout, les gens présents sont déjà sensibles à ce genre de questions ». Sans donner de réponse, cette oeuvre pose de bonnes questions. « C’est tout de même résolument anti-Poutine », ajoute Bruno Lajara. La bonne nouvelle, c’est que la pièce a été traduite dans la langue de Medvedev. La mauvaise, c’est qu’il faudra sans doute attendre longtemps avant qu’elle ne soit montée...

COMÉDIE TCHÉTCHÈNE (PAS TOUJOURS TRÈS DRÔLE)

YOANN LAVABRE | BRUNO LAJARA

07 > FEB 17 2012 / Studio Casanova

19 et 20 janvier 2012 Espace Ronny Coutteure de Grenay Culture Commune Scène Nationale du Bassin Minier du Pas-de-Calais
24 et 25 janvier 2012 Maison Folie de Wazemmes de Lille
18 et 19 octobre 2012 Théâtre de Cachan
23 octobre 2012 Scène Watteau Nogent-sur-Marne
25 octobre 2012 Espace Culturel André Malraux Kremlin Bicêtre

COMÉDIE TCHÉTCHÈNE (PAS TOUJOURS TRÈS DRÔLE)

YOANN LAVABRE | BRUNO LAJARA

07 > FEB 17 2012 / Studio Casanova

February

Date Horaire Lieu
Tu 07 20:00 Studio Casanova
We 08 20:00 Studio Casanova
Th 09 19:00 Studio Casanova
Fr 10 20:00 Studio Casanova
Sa 11 20:00 Studio Casanova
Mo 13 20:00 Studio Casanova
Tu 14 20:00 Studio Casanova
We 15 20:00 Studio Casanova
Th 16 19:00 Studio Casanova
Fr 17 20:00 Studio Casanova