Théâtre des Quartiers d’Ivry

A- A+

LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL

JOHN M. SYNGE | ELISABETH CHAILLOUX

> durée 2h05


CHRISTY - Et voilà le soleil qui perce, tout d’entre les nuages et la colline, voilà qu’une lumière verte me brille sur la figure. “Dieu prenne ton âme”, qu’il dit, en levant droit sa faux. “Ou la tienne”, que je dis, en prenant ma bêche.

SUSAN - Cette histoire, elle est du tonnerre.

CHRISTY - Lui, il a lancé l’attaque avec la faux; moi, j’ai bondi vers l’est. Là, j’ai fait demi-tour, dos au nord, je lui ai mis un coup sur le sommet de son crâne, ça l’a étendu raide, fendu en deux jusqu’à la pomme du cou.


C’est à l’Hôtel Corneille que Synge rencontre Yeats en 1896. Il étudie la littérature française et écrit des poèmes. Yeats lui conseille d’aller chercher l’inspiration aux Iles Aran, à l’extrême Ouest de l’Irlande où Synge fait plusieurs voyages. Il entend la langue des habitants des îles - gaëlique ou anglais bizarre tout imprégné de gaëlique. Au cours d’un de ses voyages, un vieillard lui raconte l’histoire de l’homme du Connaught qui tua son père d’un coup de bêche.
Voilà la source du baladin : la langue et la légende.



Jugé “ diaboliquement immoral “ à sa création, Le Baladin du Monde Occidental est une fable fantastique, un conte cruel écrit dans une langue archaïque et raffinée.
Un soir qu’il fait nuit noire, un jeune homme, Christy Mahon surgit dans un débit de boisson perdu au Nord-Ouest de l’Irlande. Pressé par les curieux, il avoue qu’il vient de tuer son père d’un coup de bêche. Son récit lui vaut l’admiration de tous. Les hommes voient en lui un héros, les femmes sont fascinées et se battent pour lui. Quand le père apparaît, le crâne fêlé mais bien vivant, tout s‘écroule pour Christy.



Après L’Illusion comique, j’ai ressenti le désir de travailler encore une fois sur une langue inouïe, de visiter à nouveau le monde de l’illusion et de la magie des mots, de faire vibrer le public avec l’histoire de Christy, le parricide merveilleux.
 Il faut, pour dire cette langue et cette histoire, des acteurs funambules, des baladins. Le public doit être “ baladé “ à chaque représentation, séduit par la beauté et la sauvagerie du récit. L’Irlande est un horizon intérieur et poétique où peuvent se retrouver Baudelaire, Apollinaire et tous ceux qui ont “ plus ou moins tenté de tuer leur père.“

Elisabeth Chailloux


Production Théâtre des Quartiers d’Ivry. Avec la participation artistique de l’ENSATT. 
Le texte est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

 

mise en scène
Elisabeth Chailloux
assistée de
Isabelle Cagnat
texte français
Françoise Morvan
scénographie, lumière
Yves Collet
costumes
Agostino Cavalca
assisté de
Dominique Rocher
maquillages et coiffures
Nathy Polak

vidéo
Michaël Dusautoy
son
Anita Praz
assistant lumière
Léo Garnier
construction décor
Jipanco

avec
John Arnold
Isabelle Cagnat
Valentine Carette
Etienne Coquereau
Jean-Charles Delaume
Thomas Durand
David Gouhier
François Lequesne
Catherine Mongodin
Lison Pennec
Cassandre Vittu de Kerraoul

LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL

JOHN M. SYNGE | ELISABETH CHAILLOUX

Rencontre avec l’équipe artistique
> Dimanche 10 février à l’issue de la représentation

LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL

JOHN M. SYNGE | ELISABETH CHAILLOUX


29 au 30 janvier 2013 > Le Trident - Cherbourg
23 février 2013 > Centre Culturel des Portes de l’Essonne - Ablon

LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL

JOHN M. SYNGE | ELISABETH CHAILLOUX

ARDENT, SOMPTUEUX ET TENDRE
Le Baladin du monde occidental est au sommet de notre Panthéon théâtral.
Une de ces œuvres qui vous donnent le sentiment d’un pèlerinage aux sources de la vérité, de la vie et de la joie. La langue, justement, n’y est pas pour rien. La langue et le génie d’un peuple resté imperméable à ce que Synge appelait la culture des villes, ce peuple irlandais de l’époque où l’auteur s’était mêlé à lui, au nord-ouest du pays et dans les îles voisines, un peuple dont l’isolement avait préservé l’imagination "ardente, somptueuse et tendre". Le Baladin est du théâtre populaire à l’état pur.
 De tous les Baladin qu’on a vus, celui de l’excellente Elisabeth Chailloux, aux Quartiers d’Ivry, est un des plus achevés et des plus poétiques. D’abord l’authenticité de la traduction de Françoise Morvan. Ensuite la scénographie, limpide, aérienne de Yves Collet, avec des effets en clair-obscur très réussis. Une palette de costumes épatante. Une mise en scène dynamique, chorégraphique - la mise à mort du jeune homme encordé, les apparitions des trois petites paysannes, etc. Et enfin une interprétation remarquable d’homogénéité, de justesse, d’humour, avec dans le rôle-titre un jeune comédien qui a tout pour lui - la beauté, l’élégance, la poésie et un immense talent - Thomas Durand.

Philippe Tesson - LE FIGARO MAGAZINE


C’EST BEAU, EMPORTE, DROLE, TOUCHANT
Élisabeth Chailloux s’appuie sur une bonne distribution, en tête de laquelle Thomas Durand, remarquable.


On ne se lasse pas de voir, revoir cette pièce de Synge (1871-1909), chef-d’œuvre très irlandais et très universel, qui bénéficie de très bonnes traductions en France. Ici, c’est celle de Françoise Morvan qui a été choisie. Elle est drue et fluide pour les comédiens. Dans le décor à deux plans d’Yves Collet, on peut jouer du dedans et du dehors et imaginer enfermement et courses folles. Les lumières sont signées également Collet et le grand panneau de nuages qui avancent dans le ciel, surplombant l’espace de jeu, donne les couleurs de l’Irlande (vidéo de Michaël Dusautoy). Agostino Cavalca a imaginé de très beaux costumes, qui jouent sur les noirs sévères à la August Sander pour les hommes, sur les couleurs vives pour les femmes. En plus de la notation temporelle large, cela apporte les tonalités du conte à l’histoire de ce grand menteur que tout le monde va respecter, se disputer, admirer parce qu’il prétend avoir commis un terrible forfait…
Suivons l’énergie d’un groupe de comédiens très bien distribués, excellents dans les plus petites partitions comme dans le rôle de l’omniprésent Christopher Mahon. Le baladin, le bonimenteur des terres de l’ouest, c’est un Thomas Durand aux allures d’ange blond, très « rimbaldien » dans son allure comme dans ses rêves. Fragile, fin comme un adolescent, intrépide mais prudent, obnubilé par la belle Peggen, qu’incarne avec grâce et finesse Cassandre Vittu de Kerraoul. Chaque personnage est parfaitement dessiné, incarné. Et l’art d’Élisabeth Chailloux est de trouver les justes tonalités, les mouvements, les rythmes. C’est beau, emporté, drôle, touchant.

Armelle Héliot - LE QUOTIDIEN DU MEDECIN

L’EQUIPEE SAUVAGE
Le Baladin du monde occidental ne vieillit pas.
Cette pièce« tradi » créée en pleine ébullition nationaliste irlandaise transcende ses racines historiques et rurales par sa force tellurique, l’étrangeté de sa langue, l’humanité brute de ses personnages. L’histoire de ce jeune homme survolté, qui débarque dans une taverne perdue du nord-ouest de l’Irlande et devient un héros en racontant qu’il a tué son père, flirte avec la tragédie (comédie) grecque et le psychodrame freudien. Avant de se transformer en ode au théâtre. Elisabeth Chailloux donne du chef-d’oeuvre de John M. Synge une lecture classique mais limpide - charnelle, presque sauvage - dans un beau décor stylisé d’Yves Collet : un bar ouvert sur un morceau de ciel tourmenté, dont le toit ressemble à une digue et les murs à des barrières parquant du bétail. Belle idée que ce final, où Chris le jeune homme se débat la corde au cou, comme un cheval fou qu’on veut brider ou un poète ivre qu’on veut priver de parole. La metteuse en scène fait respirer avec bonheur le vent glacé de la mer et le souffle court des hommes et femmes perclus de solitude. 
Thomas Durand est déjà au top, dans le rôle de Christopher Mahon, le baladin. Tour à tour prince et voyou, homme et enfant, il est ce fabuleux conteur, cet acteur à facettes qui charme filles et garçons de sa prose volée aux étoiles. Quant à Cassandre Vittu de Kerraoul (Pegeen), elle incarne avec fougue et justesse l’amoureuse éperdue, l’écorchée vive qui s’enivre de mots. Grisée de théâtre, comme nous. 

Philippe Chevilley - LES ECHOS

UN TEXTE DECAPANT, D’UNE POESIE INCANDESCENTE

L’écrivain irlandais John M.Synge (1871-1909) avait carrément plongé la bonne société irlandaise dans le chaudron du scandale en évoquant le tabou du parricide dans Le baladin du monde occidental, mis en scène par Elisabeth Chailloux à Ivry.
Les surréalistes, en leur temps, avaient encensé une pièce tournant autour d’un homme entouré d’un halot de mystère et qui lance à l’assistance médusée : « J’ai tué mon père mardi en huit », expliquant ensuite qu’il lui a suffi d’un coup de bêche bien ajusté sur le crâne. En fait, le crime n’a pas vraiment eu lieu, mais c’est anecdotique. L’essentiel, c’est la puissance d’un texte décapant comme le vent sur les plages du Kerry et la force d’une poésie incandescente. La sauvagerie de l’histoire n’a d’égale que la couardise des braves gens aussi prompts à encenser un assassin qu’à repousser un fils torturé, au terme d’une oeuvre qualifiée, à juste titre, de fable «diaboliquement immorale».

Jack Dion - MARIANNE

LA LANGUE MERVEILLEUSE DE SYNGE
Elisabeth Chailloux a monté la pièce de John M. Synge comme un western.
 C’est terriblement efficace.
Un jeune homme surgit par une nuit noire dans un débit de boissons du nord ouest de l’Irlande. Ce vagabond va bouleverser la tranquillité du bourg. 
Dans le rôle magnifique de Pegeen, jeune fille au caractère bien trempé comme une Maureen O’Hara dans « L’homme tranquille », Cassandre Vittu de Kerraoul est époustouflante. Thomas Durand incarne avec de belles nuances le personnage de Christy. Isabelle Gagnat, Valentine Carette et Lison Pennec forment joyeusement le trio de jeunes adolescentes hystériques. Catherine Mongodin est fort touchante en veuve Quin, comme le sont David Gouhier en jeune homme trop sage et Serge Gaborieau en éternel ressuscité. Etienne Coquereau, Jean Charles Delaume et François Lequesne sont irrésistibles en vieux loups de comptoir. Tous font entendre la langue merveilleuse de Synge.

Marie-Céline Nivière - PARISCOPE



UNE MISE EN SCENE VIVE

Le chef-d’oeuvre de Synge dans une mise en scène vive et, dans le rôle-titre, un interprète superbe, Thomas Durand.

Armelle Heliot - LE FIGARO.FR

UNE FABLE FANTASTIQUE
En 1907 la création du Baladin du monde occidental de Synge provoqua une émeute. Ce sont les nationalistes irlandais qui manifestèrent, trouvant la pièce peu politique et dégradante.
Aujourd’hui la pièce du poète irlandais est devenue une fable fantastique, rendue très lisible par Elisabeth Chailloux. C’est la grande réussite de son spectacle. L’écriture de John M. Synge devient limpide. La traduction de Françoise Morvan nous plonge dans cette Irlande du début du 20ème, avec un charme parfois désuet.
Pour porter cette pièce, Elisabeth Chailloux a choisi un jeune comédien Thomas Durand. Il est grand, mince mais bâti, le regard légèrement creusé, et il empoigne ce rôle immoral avec une belle aisance. Il est Christy Mahon qui avoue à des inconnus le meurtre de son père. Il fascine son auditoire. 

Stéphane Capron - SCENEWEB.FR

CONTE FANTASTIQUE, FABLE PHILOSOPHIQUE
Toute la perversité de l’histoire - et de son message ambigu –surfe sur un simple constat : il a tué son père, de façon horrible, et il jouit d’une considération – presque – générale !
A la fois, la fascination des femmes pour Mahon et le regard admiratif des hommes propulsent la pièce dans une dimension archaïque et irrationnelle, sujette à d’innombrables interprétations psychanalytiques. Ce meurtre, qui hypnotise, tout ce village, au-delà d’une dimension sexuelle, ne revêt-il pas confusément valeur d’un acte esthétique ?
Dotés d’un excellent jeu, les comédiens du Théâtre d’Ivry ondulent naturellement sur scène, servant un texte aussi énigmatique que lyrique. Décors, sonorités, lumières… Tout concourt à suggérer la complexité des situations, la subtilité des affects, la beauté sauvage et fugitive des terres celtiques : ciel incertain entre chien et loup, portes ouvrantes laissant passer le vent, projecteurs inquisiteurs sabrant des silhouettes de dimanches campagnards…
Par des décors inspirés, une remarquable brochette d’acteurs et son climat puissant, Le Baladin du Monde Occidental se profile comme un spectacle des plus agréables.

Thierry de Fages - LEMAGUE.NET

LE MYTHE D’ŒDIPE REVISITE PAR SYNGE
De la même façon que Joyce revisita Ulysse, c’est le mythe d’Œdipe que Synge réinvente. Et dans une poétique superbe à laquelle la traduction de Françoise Morvan est d’une fidélité exemplaire.

A l’instar des habitants des Iles d’Aran, situées à l’extrême ouest de l’Irlande, qui parlent un anglais imprégné de gaëlique, la traductrice offre un texte français avec un lexique élaboré et une syntaxe très bousculée qui donne de la musicalité aux dialogues qui roulent dans la bouche des comédiens.
 La langue est au service de la légende, fantastique, recueillie par Synge au cours d’un de ses voyages. Le point de départ est le supposé meurtre du père. Mais écoutons avec attention Christy Mahon (Thomas Durand) : « J’ai juste levé ma bêche, lui d’un bloc a croulé devant moi comme un sac vide sans ouf (…) je l’ai enterré après ».
Le récit exalte les habitués du troquet et le jeune homme devient un sujet d’admiration dont toutes les femmes tombent amoureuses. Pour elles tuer son père signifie qu’il en a du cœur à vendre … et chacune a décidé de le gagner. La bravoure est un grand cadeau dans la vie solitaire. Chacun s’enflamme jusqu’à ce qu’apparaisse le papa, avec tout de même le crane fêlé, mais vivant. Le héros en devient beaucoup moins … héroïque. Mais il est plus que jamais baladin, c’est-à-dire un farceur.
 Le décor est un espace qui n’est ni intérieur ni extérieur, propice à réveiller l’Irlande intérieure de chaque spectateur, en suggérant toutes les facettes de ce pays, rural et tourbeux, ses débits de boissons, ses villages en fêtes.
Pas de doute que le spectateur soit baladé dans cette histoire qui, comme le dit le personnage de Susan (Isabelle Cagnat) est du tonnerre et qui est interprété par une troupe d’acteurs tous également formidables.

Marie-Claire Poirier - ABRIDABATTUE.COM

FABLE POETIQUE
Pour la version française de cette fable poétique, dans un décor au réalisme épuré de Yves Collet, avec une mise en scène qui ne repose pas sur une approche pittoresque, Elisabeth Chailloux réussit parfaitement, grâce au jeu homogène de comédiens investis et judicieusement distribués, l’étrange symbiose entre la fresque rurale et le conte poétique pour permettre une immersion dans l’imaginaire de l’auteur.

Isabelle Cagnat, Lison Pennec et Valentine Carrette campent hardiment le trio des filles délurées du village auquel répond en symétrie le truculent trio masculin constitué de l’aubergiste et de ses acolytes fermiers qui courent les veillées funèbres largement arrosées (François Lequesne, Etienne Coquereau et Jean-Charles Delaume).
 Même registre pour Serge Gaborieau, dans le rôle du père ressuscité, et Catherine Mongodin, dans le rôle de la veuve qui tire les ficelles et David Gouhier, en fiancé éconduit, sont remarquablement efficaces de sobriété dramatique.
Enfin, face à Thomas Durand parfait, entre prince charmant et héros romantique, en beau parleur qui a parfois la tête dans les étoiles, Cassandre Vittu de Kerraoul incarne de manière convaincante la fille cabaretière que l’auteur érige en fille de roi à la personnalité aussi farouche et déterminée que naïve.

Martine Piazon - FROGGY’S DELIGHT

UNE FRESQUE PLEINE D’HUMOUR ET DE FUREUR
Une taverne de bout du monde, entre les collines et la mer proche, qui aux émigrants irlandais offre le Nouveau Monde de leurs fuites et de leurs espérances. On boit beaucoup, on veille gaillardement les morts, on laisse libre cours à la virulence de ses rivalités. La religion est là, toute proche, jalouse gardienne de la bienséance, escortée par les « casqués » en embuscade. 
Alors, quand survient Christy Mahon, jeune homme hagard qui avoue sans réticence l’assassinat du père, enfin il se passe quelque chose. 
Dans l’espace scénique sans surcharge de cette taverne, la vivacité et le mouvement des comédiens contribuent à nous faire frémir, espérer, rire, trembler, dans une empathie attendrie et amusée pour ces gens modestes, dont la langue à la fois archaïque et imagée contribue à créer un théâtre au meilleur sens de sa vocation; On ne résiste pas à cette fresque pleine d’humour et de fureur, servie avec un entrain d’excellent aloi.

Annick Drogou - SPECTACLE SELECTION

LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL

JOHN M. SYNGE | ELISABETH CHAILLOUX

@@month@@

Date Horaire Lieu
@@date_day@@ @@date_schedule@@ @@date_lieu@@

Dossier du spectacle

Revue de presse