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LA MOUETTE

ANTON TCHEKHOV | YANN-JOËL COLLIN

03 > 30 NOV 2014 / Théâtre d'Ivry Antoine Vitez

Tréplev – “ Ça c’est le théâtre. Un rideau, puis la première coulisse, puis la deuxième, et, plus loin, l’espace vide. Comme décor - rien. ”

Dans La Mouette, Tréplev pose son théâtre précaire au milieu de la propriété familiale. De la même manière, les acteurs vont prendre possession de l’espace (théâtre, ou ce qui en tient lieu) et entreprendre de mettre en jeu, de façon impromptue, le texte de Tchekhov.
C’est à une représentation traitée comme une répétition, une fabrication de théâtre en direct que nous vous convions.
Tchekhov écrit : “ Vous savez, je voudrais qu’on me joue de façon toute simple, primitive... une pièce... sur l’avant-scène, des chaises... Et puis de bons acteurs qui jouent... C’est tout... Et sans oiseaux, et sans humeurs “ accessoiresques ”... ça me plairait beaucoup de voir ma pièce représentée de cette façon-là... Ce que j’écris c’est la vie...”

Face à un monde sur le déclin, Tchekhov éprouve le besoin de redonner du sens au réel.
C’est en confrontant son écriture à notre travail que nous tentons aussi d’interroger notre propre rapport à la réalité : La Mouette nous a semblé une comédie suffisamment joyeuse et optimiste pour interroger notre situation actuelle.
Yann-Joël Collin

 Production La Nuit surprise par le jour
Avec le soutien du Maillon, Théâtre de Strasbourg/scène européenne, du Théâtre national de Bretagne/Rennes du CentQuatre/Paris & de l’Aire-Libre de Saint-Jacques-de-la-Lande. Avec l’aide d’Arcadi Île-de-France / Dispositif d’accompagnements
L’Adami, société des artistes-interprètes, gère et développe leurs droits en France et dans le monde pour une plus juste rémunération de leur talent. Elle les accompagne également avec ses aides aux projets artistiques.

Remerciements à l’Espace Renaudie et Jérémie Clément, au Théâtre Paris-Villette et Patrick Gufflet, à Martine Philippe et à la Grande Halle de la Villette.

durée > 3h avec entracte

mise en scène
Yann-Joël Collin
traduction
André Markowicz
Françoise Morvan
direction technique
John Carroll
régie vidéo
Laurent Radanovic
collaboration artistique
et technique
Nicolas Fleury
Thierry Grapotte
chargée de diffusion
Nathalie Untersinger
responsable administratif
Yvon Parnet

avec
Benjamin Abitan
Cyril Bothorel
Xavier Brossard
Yann-Joël Collin
Nicolas Fleury
Catherine Fourty
Thierry Grapotte
Alexandra Scicluna
Sofia Teillet
et en alternance
Marie Cariès
et Sandra Choquet
Christian Esnay
et Éric Louis
Sharif Andoura
et Pascal Collin

LA MOUETTE

ANTON TCHEKHOV | YANN-JOËL COLLIN

03 > 30 NOV 2014 / Théâtre d'Ivry Antoine Vitez

La Mouette de Tchekhov comme si vous y étiez
Toute la force du spectacle est là dans cette proximité et cette complicité avec le public. Ceci une fois acquis, Yann-Joël Collin peut laisser filer la pièce jusqu’à son terme de façon plus classique et laisser oeuvrer ses acteurs dont lui-même. Et on mesure encore une fois combien le théâtre de Tchekhov est une denrée rare : le moindre rôle y devient grand pourvu que l’acteur se l’approprie et s’en délecte loin des chromos accrochés aux rôles.
La fatigue de la vie de Sorine que cachent ses pirouettes (Cyril Bothorel), la méchanceté et l’égoïsme d’Arkadina (Alexandra Scicluna), la terrienne qu’est Nina derrière ses ailes brisées d’actrice et d’amoureuse (Sofia Teillet), la veulerie de Trigorine, les affres du médecin (Eric Louis), le no future de Treplev (Benjamin Abitan), le refuge dans l’alcool de Macha (Marie Cariès), ce sentiment d’injustice sociale qui habite l’instituteur (Xavier Brossard), cet insupportable causeur et comptable qu’est l’intendant (Pascal Collin), ne sont pas vieux d’un siècle et plus. Ce qu’ils sont, ce qu’ils vivent, nous parle, c’est en nous, autour de nous, la nuit comme le jour. Noir.
Jean-Pierre Thibaudat - THEATRE ET BALAGAN

Nous sommes tous « La Mouette » au théâtre d’Ivry.
Yann-Joël Collin très inspiré redonne littéralement vie à la pièce de Tchekhov.
Le théâtre est partout – dans tout le théâtre, à tout instant– et ce n’est pas un gadget. On en a vu des « Mouettes », mais celle-ci est d’une incroyable densité. Familier du théâtre de tréteaux (ou de plateaux), le metteur en scène n’a fait que prendre au mot le dramaturge russe : « vous savez, je voudrais qu’on me joue de façon toute simple, primitive...une pièce sur l’avant-scène, des chaises... Et puis des bons acteurs qui jouent...C’est tout... Et sans oiseaux, et sans humeurs « accessoiresques » (...) Ce que j’écris, c’est la vie ». Tchekhov l’a dit, Collin l’a fait. La vie à nu, la vie à cru, la vie partagée avec le public. Nous sommes tous « une mouette ». 
Tous ces personnages se « déshabillent » devant nous. Ils nous jettent à la figure leur enthousiasme et leur désespoir, leurs amours et leurs ambitions contrariés, telles des confidences soufflées à nos oreilles. « De bons acteurs qui jouent... ». Forcément ils sont en danger ces acteurs, poussés à la connivence, au cabotinage. Et si ce spectacle aux allures de répétition, de « work in progress », n’était qu’un jeu brillant, un exercice de style ? Mais leur grand art est de faire totalement corps avec leur personnage. Ce n’est pas Yann-Joël Collin qui nous offre un « shot » de jus d’orange à l’entracte, mais Trigorine... Subtilement dirigé, le public s’improvise figurant d’une drôle et triste comédie russe.
Il faudrait citer tous ces comédiens habités. Sofia Teillet est Nina « la Mouette », rayon de soleil puis de lune, quand elle revient à la propriété les ailes brisées par sa liaison sans suite avec Trigorine et sa carrière d’actrice ratée. Naturelle, entière, elle suscite immédiatement l’empathie _dans la dernière scène, elle atteint des sommets tragiques, sorte d’Ophélie sauvée des eaux. Le Treplev sobre et nerveux de Benjamin Abitan émeut tout autant. Alexandra Scicluna apporte une belle profondeur à son personnage d’actrice frivole, Yann-Joël Collin est veule à souhait en Trigorine et Marie Carès est une bouleversante Macha - aiglon noir, figure inversée de la Mouette... Yann-Joël Collin explose les codes du théâtre pour mieux parler de théâtre, puisqu’il en est beaucoup question dans la pièce de Tchekhov. Le théâtre reflet du monde, l’écriture aussi hasardeuse que l’existence...
En trois heures qui ont passé à la vitesse de l’éclair, on a traversé/vécu une vie tumultueuse et belle. Même après le coup de feu Treplev, on a du mal croire que cette « Mouette » est terminée - envolée jusqu’au lendemain soir dans les 
cintres du théâtre d’Ivry.
Philippe Chevilley - LES ECHOS

Une Mouette vive et nue, emportée et hypersensible
Ce qui est saisissant dans la mise en scène de Yann-Joël COLLIN, c’est cette possibilité donnée au public d’entendre véritablement tout ce que disent les personnages parce qu’ils s’adressent au public sans qui la représentation ne pourrait avoir lieu. De la même façon qu’ils ne pourraient pas parler si la  pièce n’existait pas. il y a cet enjeu de l’exprimer au présent comme dans la vie.
Yann-Joël COLLIN est un véritable chef d’orchestre du temps et de l’espace. Les interprètes investissent aussi bien la scène que les coursives et peuvent se retrouver naturellement au milieu du public suivant les situations. Ils sont entraînés par la nature même de leurs propos qui les invitent à bouger, parfois à courir, parfois à se regarder dans le miroir d’une caméra qui ici n’est pas utilisée comme gadget mais comme outil quelque peu facétieux faisant sauter  les paroles comme des crêpes, accusant  le moi je de chaque individu à travers le filtre d’un miroir diabolique, petite boite de pandore qui renvoie une image, celle d’un drôle de visage en train de parler.
Emotivement, c’est très gratifiant, les spectateurs se  retrouvent de plain-pied avec des personnages qui  parlent de la vie au présent, un présent qui les éclabousse au propre comme au figuré.
Le fait est que rester parmi les personnages de la Mouette durant trois heures, donne l’impression d’avoir vécu avec eux leur tragédie. C’est troublant de penser que TRIGORINE ou NINA puissent vraiment exister.C’est en tout cas un bonheur de vivre ces rencontres au théâtre.
Il est possible que cette empathie à l’égard des personnages de la MOUETTE soit très personnelle. Pourtant il faut le dire, le public qui a participé ce dimanche au spectacle, a applaudi chaleureusement cette Mouette vive et nue, emportée et hypersensible, si bien mise en valeur par la Compagnie la nuit surprise par le jour. Que tous les interprètes et toute l’équipe en soient profondément remerciés !
Evelyne Trân - BLOG-LEMONDE.FR

Une aventure théâtrale débridée
Le plateau est nu, il est vide. Il n’y a rien, c’est le néant. Yann-Joël Collin est installé au 5ème rang, à la table du metteur en scène. Il attend que le spectacle commence. Avec ses camarades, il va construire sous nos yeux cette Mouette. On installe (avec difficulté et déjà beaucoup d’humour ) un praticable puis le rideau de scène qui doit servir à la représentation de théâtre amateur de la pièce de Konstantin Gavrilovitch Tréplev (très convaincant Benjamin Abitan), le héros de la pièce de Tchekhov. Car le coeur de l’oeuvre c’est la place de l’artiste dans la société et son utilité. D’ailleurs Tréplev dit à l’acte I :" Il faut faire des formes nouvelles !" Alors Yann-Joël Collin se débarrasse de tous les carcans du théâtre. Les acteurs entrent et sortent de la salle. Ils jouent dans le public, se filment, se pourchassent dans le théâtre.
Cette lecture peu conventionnelle irrite quelques spectateurs qui posent la sacro‐sainte question "Est-ce du théâtre ?".  Notre réponse est "oui, bien évidemment !"
Yann‐Joël Collin joue à fond la décontraction dans sa mise en scène. Il brouille les repères. Mais il sait créer des images qui font que nous sommes bien au théâtre. Dans la scène du monologue de
Nina, la comédienne (Sofia Teillet) disparaît derrière un nuage de fumée. C’est magnifique. Au début du 2ème acte quand Arkadina (Alexandra Scicluna) décide de quitter la maison ,tous les comédiens quittent le plateau et laissent les spectateurs seuls dans la salle ! Quelle riche idée. Ils continuent de jouer au bar du théâtre et les images sont retransmises sur écran. Trigorine (Yann-Joël Collin) « face caméra » dit ses doutes   sur sa situation d’artiste. Une confession en gros plan dans la salle comme pour signifier les doutes sur l’état du théâtre contemporain ? C’est très fort.
Yann‐Joël Collin et sa troupe réussissent à embarquer le public dans cette aventure théâtrale totalement débridée en donnant un bon coup de fouet à la pièce de Tchekov proposée dans la très bonne traduction  d’André Markowicz et de Françoise Morvan. Ils font du théâtre d’aujourd’hui pour un public d’aujourd’hui.
Stéphane Capron - SCENEWEB

Légère et piquante que cette mouette-là !
Loin d’avoir du plomb dans l’aile, La Mouette de Tchekhov mise en scène par Yann-Joël Collin, s’envole au Théâtre des quartiers d’Ivry. Sur scène, dans le public, dans les cintres, dans les coulisses comme dans le hall du théâtre via un dispositif vidéo manipulé en direct par les comédiens, ça joue de tous côtés. Au cœur de cette économie scénique, on se croirait être pareil à l’auteur faisant face aux personnages.
Qui a dit que Tchekhov était grââve?
Bien que La Mouette soit une comédie, elle a souvent été lue comme un tragédie tant la vie de ses personnages est rongée, pleine de peur et de regrets. Chez Tchekhov, le tragique côtoie de près le comique. L’ingéniosité de la mise en scène et du jeu des comédiens réside dans la façon très sérieuse qu’ils ont de se pencher sur leurs personnages, de se mettre à leur hauteur tout en jouant littéralement avec la pièce. Tout cela ressemble à un jeu, joyeux et convivial, à l’image de la partie de loto à laquelle nous sommes invités à jouer. À un rythme lent, une diction grave et maîtrisée se substituent un rythme haletant et un jeu frivole. L’air grave qu’on donne souvent à La Mouette est un choix, une option, mais certainement pas une nécessité et encore moins une fidélité à l’écriture du dramaturge russe. Révélée par le jeu fiévreux de comédiens talentueux, la portée comique de la pièce peut s’exprimer, au grand bonheur des spectateurs. Yann-Joël Collin entend ainsi faire la nique aux préjugés que l’on peut fournir à l’encontre de Tchekhov. Alors que la fable peut n’être perçue que comme un prétexte à révéler le vide existentiel d’une bourgeoisie en décrépitude, Yann-Joël Collin semble réhabiliter la fable et sa portée narrative, parvenant à nous tenir en haleine pendant près de trois heures. Cet appétit qu’ont les comédiens pour la pièce et les personnages qu’ils dévorent avec générosité, provoque, lorsque Tréplev se tue, une dépressurisation violente. Le vide qu’on tentait d’évincer est revenu, qui s’empare à nouveau de l’espace et des personnages esseulés de l’un d’entre eux.
Estelle Moulard-Delhaye - LE SOUFFLEUR

Une proposition cohérente et audacieuse qui bouleverse l’ordre établi autour de Tchekhov.
Yann Joël Collin n’aura de cesse durant 3H d’inclure le spectateur dans sa démarche, géographiquement tout d’abord en élargissant au maximum l’espace scénique mais aussi dans des actions interactives et jubilatoires. La proposition, au delà d’être uniquement fantasque et subversive, réussit largement son coup puisque la création maintient intactes les enjeux dramatiques de La Mouette. En questionnement perpétuel sur le positionnement de l’artiste la pièce de Tchekhov est une réponse continue à la volonté de son personnage Kostia d’amener des formes nouvelles au théâtre par l’utilisation à bon escient d’éléments scénographiques hautement présents sur la scène contemporaine actuelle. Dans ce chaos organisé on retrouve des codes tels que le plateau-nu, le jeu dans la salle au milieu des spectateurs, la vidéo-projection. On a ainsi la sensation en tant que spectateur d’être acteur de cette fabrique de théâtre, de participer au débat confrontant modernisme et tradition sur scène et c’est plutôt jouissif à vrai dire. L’entracte est à lui seul particulièrement révélateur du drame sous-jacent et finalement de la profondeur de la mise en scène.
Toute la pièce sera ainsi: en apparence décontractée et festive le petit monde d’Irina profitant de la vie de sa gloire personnelle, en coulisses sous le poids écrasant de Trigorine et Irina, Nina se fâne et Kostia se meure. De belle facture cette création servie par une équipe généreuse est indéniablement culottée et n’en déplaise aux puristes, ça fait du bien !
Audrey Jean - THEATRES.COM

Une mise en scène qui dynamite les codes de la représentation.
Pour bâtir sa mise en scène, Yann-Joël Collin fait de la fable et des relations entre les personnages une sorte de prétexte pour s’intéresser à la raison même de la présence de chacun : la répétition et la représentation théâtrale.

Comme dans la pièce de Tréplev, la distribution réunit des amis puisque la plupart des comédiens travaillent ensemble depuis leurs études à l’école de théâtre que dirigeait Antoine Vitez.
Dynamitant les codes de la représentation, jouant en permanence sur la mise en danger de l’acteur, oubliant toute vision esthétisante de la pièce, Yann-Joël Collin -qui joue aussi le rôle de Trigorine – installe sa mise en scène sur un plateau éclairé a minima comme le ferait une troupe d’amateurs : éclairage froid des néons, projecteurs de fortune et même lampes de poche. Au début de chaque acte, les didascalies construisent les décors et les situations.
Il faut être un peu fou et sans doute funambule pour oser ce parti pris qui, à tout instant, peut déraper. Pourtant ça marche : la salle était pleine, passionnée, participante et à écouter les commentaires à la sortie totalement conquise. En mettant au centre de sa mise en scène la réalité de l’acteur sur le plateau, Yann-Joël Collin déstabilise le spectateur, le plonge au coeur même du processus de la création et le sort de sa zone de confort habituelle, le rendant co-responsable et co-créateur de toute action.
Dany Toubiana - THEATRORAMA

L’urgence de vivre.
Dans leur intensité et leur simplicité d’approche, les comédiens de la Compagnie La Nuit surprise par le jour font vivre aux spectateurs les troubles de l’âme tchekhoviens de La Mouette. Intégrant le public au jeu, Yann-Joël Collin incarne le théâtre et invective nos désirs, le sens de l’existence.
Entre fiction et réel, les comédiens rapprochent de nous La Mouette, l’inscrivent dans des angoisses communes et partagées. Dans cet espace du théâtre qui crée justement une communaute tout en préservant la solitude de chacun. Et ce jeu est parfaitement tenu par le groupe d’acteurs - fabuleux : Alexandra Scicluna, Benjamin Abitan, Cyril Bothorel, Sofia Teillet, Pascal et Yann-Joël Collin, catherine Fourty, Marie Cariès, Xavier Brossard, John caroll et thierry Grapotte. Qui incarnent le théâtre dans sa plus haute facture, celle qui mobilise l’esprit et les sens. Ici et maintenant.
Veneranda Paladino - DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE

Une version résolument moderniste.
Le mérite de Yann-Joël Collin est de laisser toutes les pistes ouvertes. Et tous les thèmes sont traités : les rapports biaisés entre classes ou castes, la hantise de vieillir chez une actrice vieillissante, hantée par son image, la difficulté à concilier amour maternel et carrière artistique, le statut et le rôle de l’artiste et tout spécialement de l’acteur et de l’écrivain… Et l’amour, bien sûr, l’amour jamais heureux car il n’est pas partagé. La force de Yann-Joël Collin est de traiter ces thèmes tels qu’ils apparaissent dans l’oeuvre, sans en privilégier aucun et sans jamais les réduire à des questions abstraites. Ainsi Trigorine est bien un écrivain à succès sans grande illusion sur son talent, mais c’est aussi un homme un peu veule dans ses rapports avec les femmes, qui saura se montrer cruel, cynique et même purement goujat avec Irina, sa maîtresse, quand il n’en voudra plus.
Cette Mouette en construction, telle que nous la présente Yann-Joël Collin, tient toutes les promesses de son metteur en scène. Elle est à l’image de la vie, complexe, tantôt comique, tantôt dramatique, voire tragique. Ainsi mis en scène, le texte de Tchekhov nous parle vraiment de nous, et le jeu des acteurs parmi lesquels on distinguera particulièrement Yann-Joël Collin lui-même (Boris Trigorine), Marie Cariès (Macha) et Alexandra Scicluna (Irina) contribue à l’ancrer dans la réalité.
Jean-François Picaut - LES TROIS COUPS

Une mise en scène bien vivante
Alors qu’il travaille à l’écriture de La Mouette en octobre 1895, Tchekhov parle de sa pièce en ces termes : « C’est une comédie, il y a trois rôles féminins, six masculins, quatre actes, un paysage (une vue sur un lac) ; beaucoup de discussions sur la littérature, peu d’action, cent kilos d’amour. »
Cette vision moderne dramaturgique privilégie l’impressionnisme du regard dans une observation approfondie de l’existence qui n’est désormais plus sentie comme une seule succession d’événements : il faut que chacun prenne conscience de son être abandonné au monde.
Il n’en fallait pas plus pour que la compagnie de La Nuit surprise par le jour s’empare de cette Mouette dans la mise en scène bien vivante de Yann-Joël Collin.
La représentation désordonnée a des allures de répétition bien contrôlée : le metteur en scène qui joue en même temps Trigorine, l’écrivain et l’amant d’Arkadina, se tient à sa table de régie au milieu des gradins du public, et tous les acteurs – successivement ou bien ensemble – viennent le rejoindre à un moment ou à un autre de l’intrigue.
Les spectateurs – compagnons improvisés de salle de théâtre pour les comédiens mais aussi pour les techniciens qui endossent à l’occasion, le rôle de personnage – se voient comme mêlés et associés non seulement aux personnages fictifs de Tchekhov mais encore aux acteurs réels. Une même condition humaine à partager, à comprendre, à sentir ou à contempler inlassablement.
Véronique Hotte - HOTTELO

LA MOUETTE

ANTON TCHEKHOV | YANN-JOËL COLLIN

03 > 30 NOV 2014 / Théâtre d'Ivry Antoine Vitez

> Rencontre avec l’équipe artistique
à l’issue de la représentation
DIMANCHE 16 NOVEMBRE

Dossier du spectacle