Théâtre des Quartiers d’Ivry

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LES AVEUGLES

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MAURICE MAETERLINCK | DANIEL JEANNETEAU

26 MAR > 05 AVR 2015 / Studio Casanova

Il y a dans notre âme une mer intérieure, une effrayante et véritable mare tenebrarum où sévissent les étranges tempêtes de l’inarticulé et de l’inexprimable, et ce que nous parvenons à émettre en allume parfois quelque reflet d’étoile dans l’ébullition des vagues sombres.
Je me sens avant tout attiré par les gestes inconscients de l’être, qui passent leurs mains lumineuses à travers les créneaux de cette enceinte d’artifice où nous sommes enfermés.
Je voudrais étudier tout ce qui est informulé dans une existence, tout ce qui n’a pas d’expression dans la mort ou dans la vie, tout ce qui cherche une voix dans un coeur.
Maurice Maeterlinck -
Confessions d’un poète

Une banalité trouée d’abîmes


Douze aveugles attendent le retour d’un prêtre qui les a menés jusque-là. Mais ce prêtre est mort parmi eux. Il est absent d’être mort. Les aveugles sont perdus, ils ne le savent pas encore…
Dans ce poème visionnaire et très simple, presque immobile, la seule action réside dans la lente découverte, par un groupe disparate de personnes traversées par les mêmes sensations, de leur solitude dans un monde qu’ils ne comprennent pas, et de l’imminence de leur disparition…
Le texte est un entrelacs complexe de motifs simples, une partition précise de silences et de mots, de répétitions, de cris confus et de respirations. Il ne raconte rien, mais il produit de l’espace, du froid, du temps, un monde de visions affectant les sens. Il appelle une mise en oeuvre chorale de la parole, avec une attention particulière aux questions du son, de la spatialité des voix, des tessitures.
Il demande aussi de réunir une communauté d’humains, à la fois non différenciés et solitaires, sans nom mais solidement incarnés, sans visages mais tous singuliers… Ce spectacle, né de l’expérience des ateliers libres du Studio-Théâtre, réunit une équipe de comédiens amateurs et professionnels.
L’espace requis par le texte ne peut rien représenter ; c’est-à-dire rien d’autre que ce qui est nécessaire à son fonctionnement symbolique et sensible.
Daniel Jeanneteau

Production Studio-Théâtre de Vitry, coproduction Ircam-Centre Pompidou,
avec l’aide à la production d’Arcadi île-de-France

Durée >1h05

mise en scène et scénographie
Daniel Jeanneteau
collaboration artistique
Jean-Louis Coulloc’h
création musicale et sonore
Alain Mahé
(in memoriam Gérard Grisey)
ingénierie sonore
et informatique musicale Ircam
Sylvain Cadars
régie son
Géraldine Foucault,
Kamal Hamadache
lumière
Anne Vaglio
assistant à la mise en scène
Jérémy Tourneur
régie générale
Pierre-Damien Crosson
avec
Ina Anastazya
Solène Arbel
Stéphanie Béghain
Pierrick Blondelet
Jean-Louis Coulloc’h
Geneviève de Buzelet
Estelle Gapp
Charles Poitevin
Benoît Résillot
Azzedine Salhi
Gaëtan Sataghen
Anne-Marie Simons

LES AVEUGLES

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MAURICE MAETERLINCK | DANIEL JEANNETEAU

26 MAR > 05 AVR 2015 / Studio Casanova

Terreurs communes et partagées
Malgré leur terreau commun, il serait faux de voir en Daniel Jeanneteau un disciple de Claude Régy. Le metteur en scène s’est fortement différencié du maître, sur la question du jeu, beaucoup plus naturel, sans pour autant être naturaliste, que celui développé par Régy. C’est important, car cela rapproche Maeterlinck de nous, en l’inscrivant dans des terreurs communes et partagées, dans cet espace qui crée justement une communauté tout en préservant la solitude de chacun. Et ce jeu est parfaitement tenu par le groupe d’acteurs, où se mélangent des professionnels comme Jean-Louis Coulloc’h (le formidable garde-chasse du Lady Chatterley de Pascale Ferran), Solène Arbel, Stéphanie Béghain ou Benoît Résillot, et des amateurs. C’est peu de dire qu’on sort troublé, remué, de ces Aveugles, après qu’a résonné, dans l’espace où le brouillard a peu à peu fait place à la nuit, le dernier cri de la jeune aveugle : « Qui est là ? » Qui est là, quelles forces obscures et invisibles, dans le « tragique quotidien » de Maurice Maeterlinck ?
Fabienne Darge - Le Monde

L’obsédante lumière des « Aveugles »
On ne voit presque rien, puisque le spectateur est plongé dans la brume, et on éprouve le trouble des « Aveugles », et la beauté simple et vibrante de la pièce de Maurice Maeterlinck que met en scène Daniel Jeanneteau avec une infinie délicatesse.
On éprouve cette terreur sourde des aveugles, on sent le froid, la nuit, l’angoisse et les éclats d’amour, et les variations d’intensité: « Je vois parfois des ombres quand vous êtes au soleil » dit l’un. L’autre se souvient avoir perçu un jour une ligne d’un bleu profond, était-ce de la lumière? On croit toucher, comme eux soudain, quelque chose de froid: le visage du prêtre mort. Et ce qui est très beau c’est que les acteurs réunis par Daniel Jeanneteau (amateurs et professionnels, dont Jean-Louis Coulloc’h) parlent sans pathos, sans « théâtre », de manière presque étale, précautionneuse, au rythme de l’incertitude de leurs pas.
On ne voit rien et on voit tout, derrière les apparences. Au mot spectateur, on peut substituer celui de participant, immobile, consentant, captivé mais pas captif. « Les Aveugles » n’ont rien d’une cérémonie secrète pour initiés, et beaucoup de la très belle expérience humaine, avec et sous la peau du réel et des mots.
Odile Quirot - Le Nouvel Observateur

Quand Duras revient par la fenêtre
Écoutons l’un des douze, c’est “ la plus vieille aveugle ”, elle parle du vieux prêtre :
“ Je ne sais ce qui est arrivé. Il voulait absolument sortir aujourd’hui. Il disait qu’il voulait voir l’Ile, une dernière fois, sous le soleil, avant l’hiver. Il paraît que l’hiver sera très long et très froid et que les glaces viennent déjà du Nord. Il était très inquiet ; on dit que les grands orages de ces jours passés ont gonflé le fleuve et que toutes les digues sont ébranlées. Il disait aussi que la mer l’effrayait…
Ce phrasé, ce jeu des temps, ces balancements… Oui, bon dieu mais c’est bien sûr, on dirait du Marguerite Duras ! Je ne me souviens pas avoir lu ou entendu l’auteur du “ Ravissement de Lol V Stein ” mentionner le théâtre de Maeterlinck. Influences ? Inavouées ?
Cette extraordinaire traversée sonore et visuelle de la pièce de Maeterlinck réunit des acteurs de grande force comme Stéphanie Béghain et Jean-Louis Coulloc’h (qui a travaillé en tandem avec Daniel Jeanneteau sur ce spectacle) mais aussi des amateurs venant des ateliers libres du Studio-théâtre de Vitry. Comme si, dans l’île des “ Aveugles ”, Daniel Jeanneteau et son équipe tressaient ensemble tous les fils constituant le tissu du Studio-théâtre de Vitry.
C’est de cette ouverture que viennent les comédiens amateurs du spectacle mêlés aux professionnels. Un feuilletage qui vient parachever la déstabilisation sensorielle du spectateur, sa perte de repères. Nous sommes tous peu ou prou des aveugles.
Car ce qui se joue aussi dans la mort du prêtre, du voyant, du guide suprême, c’est à la fois le recours à soi-même et l’impérieuse nécessité de l’autre, du groupe, du partage. De faire bloc, front. Le vieil aveugle dit : “ Voilà des années et des années que nous sommes ensemble, et nous ne nous sommes jamais aperçus ! On dirait que nous sommes toujours seuls ! Il faut voir pour aimer.”
Peu à peu, les corps et les voix des aveugles se rapprochent, l’espace qui semblait gigantesque par le son se resserre par la vue, ils sont là autour de nous, parmi nous, ils ont des yeux ouverts de voyants et ne nous voient pas comme le voyant dans la forêt cherche au-delà des arbres la lumière d’un sentier. On cherche leur regard mais il est comme absenté, parti en voyage. Chaque aveugle regarde sans le voir l’enfant de la folle, visage de l’espoir, un enfant à peine né qui voit sans voir.
Jean-Pierre Thibaudat - Théatre et Balagan

Amener l’irreprésentable au jour
Parabole idéaliste, la quête de ces aveugles, victimes d’apparences qu’ils ne déchiffrent pas, pourrait rappeler l’état des prisonniers de l’allégorie de la Caverne. Mais point de philosophe guidant les malhabiles sur le chemin de la vérité chez Maeterlinck : le prêtre qui a mené les aveugles jusqu’à ce lieu inconnu est mort. Le troupeau est d’autant plus perdu que le berger est défunt. Le spiritualisme pessimiste qui se dégage des discours de ces égarés est d’autant plus poignant que le seul espoir de clairvoyance est celui du bébé de la folle. L’enfant voit mais ne sait pas voir ; ceux qui ont vu un jour ne s’en souviennent plus ; ceux qui distinguent encore un peu les contours des choses confondent la chaleur du soleil et la caresse de la lune. Telle est la condition humaine. Le spectateur le comprend, rassuré sans doute de savoir que la lumière va bientôt revenir, mais évidemment renvoyé à ses propres égarements et à son intime obscurité. La scénographie joue très habilement de la spatialité des adresses, de la tessiture et du rythme des voix et de la mélodie poétique du texte. Les comédiens sont époustouflants de justesse et de précision, et forcent, par leurs talents conjugués, à une écoute recueillie. L’ensemble compose un spectacle intelligent et sensible, humble et audacieux, qui fait entendre, avec une rare acuité, le texte de Maurice Maeterlinck.
Catherine Robert - La Terrasse

Les Aveugles lumineux de Daniel Jeanneteau
Servi par une mise en scène sobre et efficace, le texte de Maeterlinck nous confronte au vertige d’une errance au bord de l’inconnu. Une méditation aux accents métaphysiques sur la fragilité de l’existence humaine.
En montant Les Aveugles de Maeterlinck, Daniel Jeanneteau cerne au plus près ces hommes et ces femmes angoissés en quête d’une voie perdue, tous sens en éveil hormis celui de la vue. Un prêtre les guidait, mais il est mort. Sans cet homme, qui voyait en quelque sorte à leur place, ces non-voyants affrontent le vertige de leur condition.
Interprété par des amateurs et des acteurs professionnels, ce spectacle est en soi une expérience. Immergé dans cette opacité trouée par les voix d’une communauté inquiète, il est impossible de ne pas ressentir comme une suspension abyssale au bord de l’inconnu. Soudain, on touche de près à la fragilité constitutive de toute destinée humaine. Sensation fugitive qui nous frôle avec le frémissement d’une aile de chauve-souris.
Hugues Le Tanneur - Les Inrockuptibles


LES AVEUGLES

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MAURICE MAETERLINCK | DANIEL JEANNETEAU

26 MAR > 05 AVR 2015 / Studio Casanova

> Rencontre avec l’équipe artistique
à l’issue de la représentation
DIMANCHE 29 MARS

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MAURICE MAETERLINCK | DANIEL JEANNETEAU

26 MAR > 05 AVR 2015 / Studio Casanova

Mars

Date Horaire Lieu
Je 26 20:00 Studio Casanova
Ve 27 20:00 Studio Casanova
Sa 28 20:00 Studio Casanova
Di 29 16:00 Studio Casanova
Ma 31 20:00 Studio Casanova

Avril

Date Horaire Lieu
Me 01 20:00 Studio Casanova
Je 02 19:00 Studio Casanova
Ve 03 20:00 Studio Casanova
Sa 04 20:00 Studio Casanova
Di 05 16:00 Studio Casanova