Théâtre des Quartiers d’Ivry

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DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON

BERNARD-MARIE KOLTÈS | CHARLES BERLING

12 > 22 OCT 2017 / La Fabrique

LE CLIENT - Qu’espérez-vous tirer de moi ?
Tout geste que je prends pour un coup s’achève comme une caresse ; il est inquiétant d’être caressé quand on devrait être battu.

C’est à une rencontre à laquelle vous allez assister. Celui qui marche sur une ligne bien droite d’une fenêtre éclairée à une autre fenêtre éclairée va traverser le territoire de l’autre, traverser l’autre. Rencontre de l’offre et de la demande, du marchand et du client, du licite et de l’illicite, de la lumière et de l’obscurité, du noir et du blanc. Alors le dialogue va s’engager parce qu’on se parle ou on se tue… On parle de désir.
Et le dialogue se fait combat, danse aussi, étreinte probablement…
Alain Fromager

Qu’apporte le fait que le dealer soit interprété par une femme ?
Charles Berling - Le fait que le dealer soit interprété par une femme (alors que le rôle est écrit pour un homme) renforce l’aspect indéfini, obscur, mystérieux de ce personnage.
La confrontation dont il est question va bien au-delà de celle de deux individus. C’est une des forces majeures de la pièce. Le thème de l’esclavage, notamment, est central. L’esclavage est dans le corps même du dealer, et il le recrache.
Dans la mise en scène que je propose, il y a un moment où le client “ exhibe ” le dealer. Il le découvre, physiquement, et le donne à voir : pour moi, dès le début, le public existe, c’est le troisième personnage - au départ, le client est une des particules du public, dont il émerge ; parce qu’aujourd’hui, en France comme en Europe, le public de théâtre est majoritairement blanc. Le dealer s’offre au client, donc, mais aussi au public - c’est un être noir, qui raconte sa peau - et ce faisant, puisqu’il est interprété par une femme, il laisse entrevoir sa féminité…
Ce à quoi le client répond par une agressivité immense. Parce que dès que l’autre s’offre à lui, ça lui est insupportable… On sait à quel point nous sommes conditionnés à ne pas accepter, de façon simple, l’amour. L’offrande de l’autre.

Que représente pour vous l’écriture de Bernard-Marie Koltès ?
Mata Gabin - Je trouve cette écriture à la fois moderne et soutenue. Il a écrit un combat, une joute verbale, c’est comme une lutte des mots. Le client et le dealer combattent à l’intérieur d’eux-mêmes et en dehors. Aussi paumés et aussi grandioses l’un que l’autre.
Son écriture me fait l’effet d’un mantra indien, comme des incantations, on se retrouve dans une sorte de transe. Qu’on le lise ou qu’on l’écoute, il y a un mouvement qui passe dans le corps. Et puis aussi, on a déjà envie de mieux parler dans sa vie de tous les jours, il nous tire vers le haut. On se rend compte de la subtilité de la langue française et du sens puissant de certains mots. On se rend compte de la valeur des mots, de leur douceur, de leur violence, et de la force des images qu’ils véhiculent. On pourrait croire que c’est très “ intello ” et compliqué, mais, non, si on est sincère, c’est très simple en vérité, c’est très organique, très vivant.

Propos recueillis par Fanny Mentré

Production Le Liberté, Scène Nationale de Toulon. Coproduction Théâtre National de Strasbourg, Théâtre du Gymnase - Marseille, anthéa antipolis Théâtre d’Antibes. Avec l’aide de la Spedidam

Durée > 1H15

texte
Bernard-Marie Koltès
mise en scène
Charles Berling
conception du projet
Charles Berling
Léonie Simaga
collaborateur artistique
Alain Fromager
décor
Massimo Troncanetti
lumières
Marco Giusti
son
Sylvain Jacques
assistante à la mise en scène
Roxana Carrara
regard chorégraphique
Franck Micheletti

avec
Mata Gabin
Charles Berling

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON

BERNARD-MARIE KOLTÈS | CHARLES BERLING

12 > 22 OCT 2017 / La Fabrique

L’écriture de Bernard-Marie Koltès est sexuelle. Sous ses constructions savantes et précieuses, imprégnées de la littérature du XVIIIe, elle ne parle que de corps en proie au désir, chavirés par le manque, aux prises avec toutes les incertitudes assassines de l’absence et du vide.  Et de la mort, aussi; qui rôde. Dans la solitude des champs de coton, que monte et interprète Berling, sous le regard complice du formidable comédien Alain Fromager, est une pièce sur le "deal". Que vient donc chercher ce client en voie de clochardisation (Berling) dans ce no man’s land si monumental et inquiétant dans l’ombre? L’y attend un drôle de dealer, s’affirmant capable de combler toutes les envies quelles qu’elles soient, et incarné par une femme noire, Mata Gabin, dont la sensualité donne plus d’ambiguïté au personnage….

Quelles liaisons dangereuses - mais irrésistibles - lieront comme malgrè eux ces deux êtres tout ensemble anonymes, énigmatiques et si proches? Le plaisir, la chute? Quelles envies nous unissent encore les uns aux autres, au coeur de nos chaos d’aujourd’hui? Sans être psychologique, toujours opaque et mystérieuse, la pièce de Koltès - sa plus belle (trois fois montée par Patrice Chéreau) - fouaille toutes nos demandes et toutes nos offres possibles, tous commerces, licites ou illicites, tous nos trafics. Jusqu’au politique. Et le verbe lancinant de l’auteur, tel le bagou entêtant et volontairement confus d’un marchand, entraîne jusqu’aux limites. Jusqu’où avons-nous envie de payer? Et quoi, et comment….Charles Berling éclaircit superbement ce négoce tout ensemble érotique et métaphysique. Avec Mata Gabin, il mène une vive sarabande où le plus interdit, le plus secret devient sensible, perceptible. Lumineux malgré le poids des contraintes et des douleurs.
Fabienne Pascaud - Télérama

Dans la clarté des champs de coton
Au Théâtre des Quartiers d’Ivry tout juste rénové, Charles Berling s’attaque au chef-d’œuvre de Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton, et en livre une version tout en limpidité.
Aussi belle que complexe, la langue de Bernard-Marie Koltès est piégeuse pour quiconque tente de se l’approprier. Sans pour autant en briser tout le mystère et en purger toute la poétique, Berling parvient à la rendre limpide. Le joli duo qu’il forme avec Mata Gabin confère à ce texte difficile une clarté nouvelle et met l’excellence du dramaturge français à la portée de tous.
Plutôt que deux monologues qui se répondraient en écho, Berling transforme l’échange entre le dealeur et le client en un véritable dialogue. Se succédant à un rythme effréné dans les positions de dominant et de dominé, ils se lancent dans une joute verbale où l’attraction et la répulsion s’entremêlent jusqu’à conduire à un inévitable conflit.
Les Echos.fr

Une lecture rythmée et tendue de la pièce de Koltès, dans un très bel écrin scénographique et technique.
Koltès recommandait que le Dealer soit noir, ou vêtu de noir, pour marquer son appartenance au monde de la nuit et du commerce illicite, face au Client, homme du jour et de la légalité, blanc ou en blanc. L’idée de Léoni Simaga, qui a conçu le projet initial de cette mise en scène, avec Charles Berling était que le Dealer soit une femme. Charles Berling a conservé cette proposition qui, "renforce l’aspect indéfini, obscur, mystérieux de ce personnage" et en a confié le rôle à Mata Gabin, qui l’interprète en ce sens.
Les deux comédiens ont travaillé sous le "regard chorégraphique" de Franck Micheletti, imprimant à leur jeu l’exigence physique de la danse. Les corps occupent les différents plans de l’espace scénique (très beau décor de Massimo Troncanetti) avec une impressionnante précision : l’économie gestuelle sert remarquablement la compréhension du texte de Koltès
Catherine Robert - La Terrasse

Duel limpide
Charles Berling réussit son pari. Sans en lever tout le mystère – ce qui relève de l’impossible - il rend le texte limpide et en traduit sa fine compréhension. Optant pour un dialogue plutôt que pour deux monologues qui se feraient écho, ils forment un beau duo avec Mata Gabin. Entre attraction et répulsion, l’affrontement entre le dealeur et son client se meut en une joute verbale qui mène inéluctablement au conflit.
Théâtral Magazine

Un duo grinçant.
Dans l’incertain de la nuit, des enseignes comme inachevées signalent quelques lieux de triste fête. Sous une passerelle à demi déglinguée, se devine une forme humaine. Un peu plus haut, dans la salle, un autre personnage se dessine, comme hésitant, comme pris à un piège qu’il n’ignorait peut-être pas. L’ambigüité ne sera pas levée. En écrivant en 1985 Dans la solitude des champs de coton, Bernard-Marie Koltès a voulu que le mystère de cette rencontre entre deux êtres nocturnes, un vendeur et un acheteur reste un questionnement. Que cherche l’un, que vend l’autre ? Qu’importe. Il s’agit avant tout du frottement nocturne de deux êtres, de désir mal formulé, de quête de sexe, de drogue, de rêve… Libre à chacun de trouver. Initialement écrit pour deux hommes, et ainsi monté le plus souvent, ce texte est ici interprété par Charles Berling, qui se met en scène avec une comédienne, Mata Gabin.
Ainsi, cette "Solitude" prend une tonalité inhabituelle. " Les très grands textes – comme c’est le cas ici - peuvent supporter de multiples licences d’interprétation" dit Charles Berling. Pour lui, chaque spectateur doit aussi être touché au point de se dire :"comment se fait il que cette pièce, dont je ne comprends pas tout, se rapporte à ce point à moi".
Berling est assez remarquable dans la confrontation. Ajoutant avec son costume en piètre état un questionnement sur son passé immédiat. Mata Gabin entretient le trouble, même si sa forte présence peut par moments dérouter. On notera que le public est globalement conquis, comme les trois classes de lycéens présentes lors de la seconde soirée à Ivry, et qui ont suivi avec une ardente passion cet échange brut sans substance matérielle.
Les moins jeunes se souviennent que c’est dans ce même lieu alors friche industrielle devenue depuis Centre Dramatique national, qu’en novembre 1995, sous le label du théâtre de l’Odéon, Patrice Chéreau donna, avec Pascal Greggory une autre approche de la pièce, dans un univers surchargé de tensions masculines.
Le duo Berling Gabin se situe sur un autre horizon. Plus grinçant. Effleurant d’autres registres, mais pointant du verbe la même direction. Celle de la peur de l’inconnu. Quel que soit le genre. Ou le lieu. Ou la couleur de la nuit.
Gérald Rossi - L’Humanité.fr

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON

BERNARD-MARIE KOLTÈS | CHARLES BERLING

12 > 22 OCT 2017 / La Fabrique

Dimanche 15 octobre - RENCONTRE
avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation de Dans la solitude des champs de coton

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON

BERNARD-MARIE KOLTÈS | CHARLES BERLING

12 > 22 OCT 2017 / La Fabrique

Octobre

Date Horaire Lieu
Je 12 19:00 La Fabrique
Ve 13 20:00 La Fabrique
Sa 14 18:00 La Fabrique
Di 15 16:00 La Fabrique
Lu 16 20:00 La Fabrique
Me 18 20:00 La Fabrique
Je 19 19:00 La Fabrique
Ve 20 20:00 La Fabrique
Sa 21 18:00 La Fabrique
Di 22 16:00 La Fabrique