“ C’est un théâtre de langage. Il n’y a que du langage. Il produit à lui seul l’action dramatique… Je pense que c’est une action dramatique véritable, avec des péripéties, des retournements, du suspense, mais une progression qui n’est produite que par le langage. 
Le théâtre, c’est une autre façon de montrer cette substance dans laquelle je n’ai cessé de travailler, qui est la substance de mes livres, une substance anonyme qui existe chez tous. Ces choses dont parlent les personnages ne sont pas celles dont on parle naturellement. D’ordinaire, ces mouvements n’ont pas droit de cité. Ils se produisent comme à notre insu dans des régions de nous-mêmes où la prudence nous empêche de nous aventurer. On n’en parle pas.
Ici, c’est le contraire… Il m’a fallu créer ici un dialogue irréel, fait pourtant de mots courants, pour exprimer ce dont on ne parle pas. On utilise les mots et les façons de parler les plus ordinaires, mais ce qu’on dit n’est pas ce dont on parle… De telles conversations n’ont pas lieu, en réalité. “

Nathalie Sarraute - Entretiens

Petites fêlures dans le mur lisse
“ Ne pouvant décrire la vie entière,je me limite à ce qui m’intéresse, à savoir ces réactions minuscules qui produisent les drames.
Je m’attache à décrire des petites fêlures dans le mur lisse. Je les regarde à la loupe et j’essaie de les montrer au ralenti comme dans un film. “

C’est beau
Pourquoi la simple présence de leur fils interdit à un homme et une femme de dire
“ C’est beau “.

le Silence
Comment par son seul silence, Jean-Pierre met en péril “ l’instinct de conversation “ d’un groupe d’intoxiqués de la parole.

Elle est là
Une idée logée dans la tête de l’autre, avec laquelle il n’est pas d’accord mais qu’on ne peut extirper, jusqu’où cette idée, qui apparaît comme une atteinte insupportable à ce qui est pour lui la vérité, jusqu’où cette idée peut-elle conduire H2 ?

Chez Nathalie Sarraute, le texte est une matière vivante. Il y a des mots qui caressent, des mots qui blessent, des mots qui tuent. Il s’agit parfois d’une simple inflexion, ou même d’un silence. Et cela peut plonger celui ou celle qui l’entend dans le bouleversement le plus total.
Elle écrit un théâtre où le sujet n’est “ rien “ et où les personnages ne sont “ que des cornues transparentes où les réactions se produisent, peu importe qui ils sont. Ce sont les réactions seules qui m’intéressent. “

Nathalie Sarraute
Née en Russie en 1902, décédée à Paris en 2001.
Auteur de Tropismes (1939), Portrait d’un inconnu (1948),
Martereau (1953), L’ére du soupçon (1956),
Le planétarium (1959), Les Fruits d’Or (1963),
Entre la vie et la mort (1968), Vous les entendez ? (1972),
“ Disent les imbéciles “ (1976), L’usage de la parole (1980),
Enfance (1989), Tu ne t’aimes pas (1989), Ici (1995), Ouvrez (1997).
Elle a écrit six pièces pour le théâtre : Le Silence, Le Mensonge, Isma,
C’est beau, Elle est là et Pour un oui ou pour un non.
L’œuvre de Nathalie Sarraute a été traduite en plus de trente langues.
Elle a été publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade (Œuvres complètes, 1996)