| 3 MARS > 4 AVRIL 09 |
STUDIO CASANOVA
CRÉATION
La culture, en tant que champ de l’incertitude, de la fragilité, du doute, étant constamment sous le feu croisé de toutes sortes d’attaques idéologiques, il nous a semblé opportun, comme Pierre Bourdieu l’avait fait il y a quelques années pour un recueil de ses écrits, d’intituler cette manifestation Contre-Feux. Pour contrer le tir des idées reçues, des préjugés. Une façon aussi de recouper ce concept de Théâtre des Quartiers du Monde qui nous tient à cœur et qui nous avait fait présenter les saisons précédentes Brûlots d’Afrique, ¿ Qué Tal ? (dramaturgies d’Amérique Latine)et Les Ecritures du Moyen Orient.
Les quatre textes présentés ici sont représentatifs d’un champ de résistance idéologique, plus que d’un territoire géographique. Ils nous incitent à ouvrir les yeux sur les réalités du monde, à mettre des mots et des explications sur des choses qui nous sont en général occultées par les informations qui cherchent à faire passer un message, un seul, toujours le même, celui du pouvoir, des pouvoirs en place.
Invité d’honneur, représentant de la lutte d’un peuple pour sa survie : le Théâtre National Palestinien. Il faut être allé à Jérusalem-Est et dans les Territoires occupés pour savoir ce que signifie l’injustice, l’oppression, la privation de droits civils, l’horreur d’un Etat qui impose l’apartheid à tous les coins de rue. Il faut avoir vu le Mur pour comprendre ce que cela signifie de vivre au quotidien au pied du Mur, sans horizon, sans espoir, se heurter aux check-points, dormir dans une chambre à coucher sous l’œil des miradors. Et cela dure depuis soixante ans ! Alors honneur au Théâtre National Palestinien qui exerce cet art, si fragile par nature, qu’est le théâtre, dans des conditions aussi terribles.
Le Collier d’Hélène, pièce de la québécoise Carole Fréchette n’est pas un texte revendicatif. Et les acteurs Palestiniens ne revendiquent rien non plus. Avec dignité, ils disent simplement, à travers ce spectacle, qu’il est bien difficile pour nous qui vivons loin de l’oppression et des bombes, à l’abri des bulldozers qui viennent raser les maisons et les oliviers, de comprendre ce que leur situation peut signifier.
Des débats auront lieu à l’issue de chacune des représentations.
Shitz, du grand auteur israélien Hanokh Levin, est une critique sévère de l’obsession du matérialisme dans la société israélienne et de l’engrenage infernal qui lie les milieux de l’argent et ceux de la guerre. Le titre, en yiddish, signifie “ merde “. Il y a, très consciemment, de l’Ubu dans Shitz. Humour noir et rire jaune pour cette pièce cruelle et insolente.
La Comédie Indigène ou les racines de la colonisation. C’est-à-dire le racisme qui sous-tend l’exploitation d’une “ race inférieure “ par l’homme “ supérieur “, en général occidental ; supérieur parce qu’il se comporte en prédateur et parce que son mépris de l’Autre et sa brutalité ne connaissent pas de limites. Là aussi, il vaut mieux en rire. Et en chansons. Comme chez Labiche ! Car bien sûr l’homme convaincu de sa supériorité est le plus souvent particulièrement stupide.
Enfin, pour couronner le tout, Marx matériau, extraits du Capital de Karl Marx qui nous rappelle (et comme il est actuel !) que tout cela - obsession matérialiste, exploitation de l’homme par l’homme, colonisation, racisme et guerres - repose sur une divinité et sa capacité de circulation : l’Argent.


