| 24 > 28 MARS 09 |
STUDIO CASANOVA

C’est bien connu, le Chinois est “ lubrique ”.
La Négresse, pourtant “ admirable de forme ”,
a “ le cerveau gourd et stagnant ”.
L’Arabe est “ fourbe ”, “ sodomite ” et “ nyctalope ”.
L’indigène a une vie ” essentiellement
végétative et instinctive ” et c’est “ une
sécrétion fournie par le foie qui noircit la peau de
l’Ethiopien “…
Le reste est à l’avenant et le florilège réuni
par Lotfi Achour, tout simplement effrayant. Regard de l’Occident
sur l’Autre, barbare et lointain, galerie du fantasme et du cliché,
xénophobie tranquille, racisme estampillé scientifique
ou labellisé par les grands esprits… D’un côté le
savoir, la civilisation, le bon sens et la bonne conscience. De l’autre,
l’étrange, le lointain (parfois si proche), le barbare,
l’indigène, celui que l’on mon(s)tre, que l’on
exhibe, que l’on caricature, que l’on expose… colonialement. La
Comédie Indigène serait une farce grotesque s’il
ne s’agissait que d’un délire paranoïaque de
quelques-uns, si elle n’était une tragédie et si
l’on était bien sûr qu’elle appartient à une
autre époque.
Certes, quelques esprits éclairés sont venus apporter
des retouches à ce costume sur mesure. Mais les aberrations
ont laissé des traces et leurs effets collatéraux, plus
sourds et plus subtilement mal pensants, sont encore d’actualité.
D’où la raison de ce parti-pris d’en rire qui nous
est offert, en réponse au burlesque involontaire de la démesure.
Et c’est bien là la force de ce miroir grimaçant
qui nous est tendu.
“ Mon travail a d’abord consisté à accumuler un matériau très hétéroclite, constitué d’écrits scientifiques (ou considérés comme tel) sur l’inégalité des races, de textes de grands écrivains principalement du XIXe, de chansons exotiques et coloniales, de débats à la Chambre des députés entre 1830 et 1847. Je crois qu’en interrogeant cet imaginaire, je n’interroge pas seulement les Français de “ souche “, mais aussi les autres, les Noirs, les Arabes… En effet, je pense que le spectacle s’adresse aussi à eux, à la fois comme “ producteurs “ de clichés à leur tour, mais aussi comme personnes ayant intériorisé les images qu’on a créées d’eux. (…) “
conception et mise en scène Lotfi Achour textes
et citations de Dr Jacobus X, Le Français selon la méthode
Gouin, Joseph Conrad, André Gide, Victor Hugo, Lamartine,
Marx, Guy de Maupassant, Achille Mbembe,
Alexis de Tocqueville, chansons coloniales...
assistante à la mise en scène Olfa Ben Achour collaboration
artistique Natacha de Pontcharra
scénographie Lotfi Achour et Eric Proust costumes Geneviève
Goffinet lumière Manuel Bernard
installation vidéo Frédéric de Pontcharra son Alain
Lafuente musique Clément Janinet
avec Thierry Blanc - Marcel Mankita - Ydire Saïdi - Lê Duy Xuân
Production Compagnie Naravas, Le Tarmac de la Villette.



