Édito saison 20 — 21

 

Figures de proue et Petites Vigies © Ida Jakobs - images réalisées dans le cadre de la résidence au CACP Villa Pérochon
Découvrez l'intégralité du travail photographique d'Ida Jakobs

Ces enfants dressés devant nous, tels des super-héros en tenue de fortune, sont les personnages mythologiques d’une série photographique d’Ida Jakobs intitulée Figures de proue. « Ils sont tous destinés à sauver le monde de ce que nous avons de plus sale dans notre humanité » nous dit l’artiste. Et d’ajouter : « À l’instar de ces personnages légendaires qui affrontent la tourmente des flots, mais qui, aussi, tendent tout leur corps vers cet horizon prometteur que le navigateur cherche à atteindre ». Il ne pouvait y avoir plus belle allégorie pour évoquer la période trouble que nous vivons.

Ces enfants ne sont donc pas les anges annonciateurs de la fin des temps, mais les héros porteurs d’une utopie de transformation : du monde comme de nous-mêmes (puisque l’une ne va pas sans l’autre). Ils ne viennent pas nous punir, nous adultes, du triste héritage que nous léguons à leur génération, ils viennent nous montrer les horizons possibles pour construire des lendemains meilleurs ; plus humains et plus sûrs. Et nous aurons bien besoin d’eux.

Si le travail d’Ida Jakobs nous touche autant, c’est parce qu’au-delà de sa rigueur formelle, il s’inscrit dans une démarche fondamentalement humaniste. La photographe sait révéler chez l’individu la part de fragilité qui le constitue pour mettre en évidence son humanité tant dans sa finitude que dans sa capacité de résilience.

En cette période où les visages s’effacent derrière des masques, nous avons eu envie de lui passer commande d’une création photographique qui remette la figure de l’individu au centre de l’image. À Ivry, avec les habitant.e.s, mais aussi avec des artistes programmé·e·s dans la saison, Ida Jakobs prolongera, tout en le déplaçant, le travail développé dans la série Figures de proue. Elle réalisera une galerie de portraits d’hommes et de femmes, d’enfants et d’adolescent·e·s, qui seront comme les révélateurs intimes et sensibles d’un territoire. Cette fois, pas de super-héros, non, juste la force et la beauté d’une humanité désireuse de se reconstruire.


Licinio Da Costa
directeur par intérim