« Je suis de ceux qui disent non à l’ombre. »
Aimé Césaire
Ce qui s’est passé au conseil municipal d’Ivry-sur-Seine le 11 juin 2026, vers 22h30, n’est qu’une provocation de plus du RN. Un élu du Rassemblement national a interrompu la séance en sortant un crucifix avant de réciter la prière « Je vous salue Marie » pour protester contre le rejet d’un amendement au règlement intérieur qu’il proposait.
Une tentative d’exister par le scandale lorsque l’on peine à exister par les idées. Lorsqu’on ne parvient pas à convaincre par un projet, une vision ou des propositions crédibles, il reste la stratégie du bruit, de la polémique et de la mise en scène permanente. L’outrance devient alors un mode d’expression, non pour enrichir le débat démocratique, mais pour occuper l’espace médiatique et susciter l’indignation.
Une adjointe au maire a répondu qu’elle était fière de porter le voile en conseil municipal. À la suite de cette réponse, l’élu a déclaré vouloir exprimer sa foi de catholique pratiquant : « Pourquoi on pourrait être fier d’être musulman et pas fier d’être catholique ? »
La véritable question est peut-être ailleurs : pourquoi ne pourrait-on pas être fier des deux ?
Pourquoi faudrait-il opposer des croyances, des identités ou des convictions qui relèvent de la liberté de conscience de chacun ? La République ne demande pas aux citoyens de hiérarchiser leurs appartenances spirituelles ; elle garantit à chacun le droit de croire, de ne pas croire, de pratiquer sa religion ou de n’en pratiquer aucune, dans le respect des lois communes.
L’extrême droite ne répond pourtant à aucun besoin concret des habitantes et des habitants d’Ivry-sur-Seine. Elle ne construit aucune solution, n’améliore aucun service public et ne répond à aucune urgence sociale. Au contraire, elle détourne l’attention de plusieurs décennies d’engagements sociaux, éducatifs, culturels et solidaires portés par l’actuelle municipalité : l’accès au logement, la réussite éducative, la qualité des écoles, la santé, les solidarités, la transition écologique, le soutien à la culture, la vie associative, les transports et l’amélioration du cadre de vie. Autant de sujets qui constituent les préoccupations réelles de la population.
Faire parler de soi ne constitue pas un projet politique. Gouverner une ville, comme gouverner une nation, exige davantage que des coups d’éclat ou des déclarations provocatrices. Cela exige une vision, de la constance, un sens des responsabilités et la capacité de rassembler.
Face à ceux qui cherchent à imposer la polémique comme unique horizon, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer ce qui fait la force de l’action publique.
Car une provocation peut faire un titre ; elle ne fera jamais un projet de société.
Nasser Djemaï
Directeur du Théâtre des Quartiers d'Ivry - CDN du Val-de-Marne